La maladie de Lyme chronique

Pourquoi cette maladie est-elle chronique ?

Plusieurs facteurs peuvent justifier ces symptômes persistants : une infection persistante mineure qui provoque des lésions directes ou indirectes à cause des effets inflammatoires et toxiques d’une réponse immunitaire activée, des lésions permanentes qui peuvent se produire chez les patients atteints de lésions cérébrales ou une réaction auto-immune déclenchée par la maladie de Lyme.

L’hypothèse de l’infection persistante se base sur plusieurs séries de données. Des rapports et de nombreuses séries de cas cliniques indiquent qu’une antibiothérapie plus longue et répétée soulage certains patients. Des rapports publiés indiquent que même après une antibiothérapie, la présence persistante du spirochète Borrelia burgdorferi peut être démontrée lors d’une culture ou d’une mise en évidence de l’ADN appartenant à la bactérie Borrelia burgdorferi  avec une analyse PCR chez les êtres humains ou les animaux. On pense que les mécanismes de persistance et d’évasion immunitaire incluent une séquestration dans des sites intracellulaires ou dans d’autres sites immunologiquement privilégiés, une variation antigénique, une diminution de l’expression des antigènes de surface in vivo, une capture de la membrane de la cellule hôte qui forme une couche immuno-protectrice virtuelle  et/ou une régulation négative précoce de la réaction immunitaire. De nombreuses preuves montrent que Bb peut se loger au niveau intracellulaire dans les cellules endothéliales humaines, dans les astrocytes, dans les fibroblastes et dans les macrophages. Il a été prouvé que la bactérie Bb in vitro entre dans les lymphocytes B et sort en attirant la surface externe de la membrane des lymphocytes. La bactérie Bb in vitro peut changer de forme et adopter des formes kystiques résistantes aux antibiotiques. Ces découvertes montrent que l’impossibilité d’éradiquer la bactérie Bb lors d’une antibiothérapie peut être liée à une localisation intracellulaire in vivo, à une sélection de souches résistantes ou à une séquestration dans des sites (comme dans le système nerveux central) où la pénétration des antibiotiques peut être plus difficile.

Plusieurs preuves soutiennent aussi l’hypothèse d’une phase inflammatoire post-infectieuse. Les patients atteints de l’arthrite de Lyme et porteurs de l’allèle HLA-DR4 ou DR2 sont par exemple plus susceptibles de contracter une arthrite chronique présentant une résistance aux antibiotiques. Des preuves indirectes soutiennent que le mimétisme moléculaire peut expliquer les symptômes persistants. Par exemple, la protéine flagelline (au bout du spirochète) peut générer des anticorps qui provoquent une réaction croisée avec la protéine basique de la myéline, contribuant ainsi à un dysfonctionnement axonal. Finalement, les restes du spirochète peuvent activer de façon continue le système immunitaire, entraînant la production d’interleukine-6, un facteur de nécrose tumorale, et la production d’oxyde nitrique. Ces cytokines engendrent une fatigue et des malaises, deux symptômes importants que ressentent les patients atteints de la maladie de Lyme chronique.

Il est justifié de supposer que certains patients souffrent d’une infection persistante alors que d’autres souffrent de lésions post-infectieuses à médiation immunitaire. Jusqu’au jour où l’on en saura davantage sur les facteurs qui peuvent identifier les personnes qui réagissent bien ou qui ne réagissent pas bien à un traitement répété, les décisions cliniques se baseront sur les préférences du médecin plutôt que sur des données objectives. Les essais antibiotiques de durée plus ou moins longue et contrôlés par placebo doivent être accompagnés d’un suivi à long terme en simple aveugle qui utilise des marqueurs objectifs. Mais pour l’instant, le traitement optimal pour les patients atteints de la maladie de Lyme chronique reste inconnu. À l’heure actuelle, les décisions au sujet du traitement prescrit aux patients atteints de la maladie de Lyme chronique doivent être prises différemment selon chaque cas et doivent prendre en compte l’expérience du médecin, le profil clinique du patient, l’historique des réactions aux antibiotiques et les publications médicales récentes.

Les thérapies adjuvantes soulageront les symptômes des patients atteints de la maladie de Lyme chronique neuropsychiatrique. Par exemple, la gabapentine (Neurontin) ou la carbamazépine (Tegretol) feront du bien aux patients qui souffrent d’une sensibilité accrue au bruit. La carbamazépine peut aussi apaiser l’hypersensibilité cutanée ou les maux de tête. Les médicaments utilisés pour soigner le trouble déficitaire de l’attention, tels que le bupropion (Wellbutrin) ou le méthylphénidate (Ritalin) peuvent aider les patients souffrant d’un manque de concentration important ou d’une inattention marquée. Ces derniers médicaments peuvent être également utilisés pour traiter les patients qui souffrent d’une fatigue importante.

Consulter un psychiatre qui possède de bonnes connaissances sur la maladie de Lyme peut s’avérer très utile si l’on cherche à résoudre l’impact psychologique d’une maladie chronique et les symptômes psychiatriques qui ont pu être déclenchés. Les médicaments psychiatriques tels que la sertraline (Zoloft), la fluoxétine (Prozac), la paroxétine (Paxil), la fluvoxamine (Luvox) et le citalopram (Celexa)

peuvent aider les patients irritables ou d’humeur dépressive. Les médicaments tels que les anticonvulsivants (la gabapentine, le valproate et la carbamazépine) sont aussi de bons psychorégulateurs et aideront les patients qui souffrent de sautes d’humeur marquées, de douleurs neuropathiques et/ou d’hyperacuité sensorielle. D’autres médicaments, tels que l’amitriptyline (Elavil) ou la néfazodone (Serzone) peuvent apaiser les troubles du sommeil et réduire la douleur.

Consulter un neuropsychologue compétent en remédiation cognitive peut être également utile. La remédiation cognitive aide le cerveau à accomplir certaines tâches qui se faisaient auparavant automatiquement. Des forces cognitives sont utilisées pour compenser les faiblesses actuelles. De telles approches ont été développées pour aider les patients souffrant de déficiences cognitives persistantes après des blessures cérébrales, par exemple. Des stratégies similaires peuvent aider les patients souffrant de la maladie de Lyme persistante. Vous trouverez des thérapeutes expérimentés utilisant des stratégies de remédiation dans les centres de réadaptation pour les personnes ayant subi des lésions cérébrales.

Il faut porter une attention particulière au problème de « déconditionnement ». Puisque les patients atteints de la maladie de Lyme chronique ressentent souvent une énorme fatigue (semblable à celle des patients atteints du syndrome de fatigue chronique), ils sont souvent alités et perdent ainsi petit à petit leur tonus musculaire. Le syndrome s’aggrave de plus en plus puisque les patients qui sont fatigués après avoir fait de l’exercice évitent de faire du sport. Un déconditionnement s’ensuit et fait que même en faisant moins d’exercice, ils ressentent une très grande fatigue consécutive à l’effort. Afin de contrer ce cycle, il est nécessaire que le patient fasse quotidiennement et progressivement de l’exercice afin de recouvrer une santé maximale.